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Cezanne and Paris

DIGITAL PATH

PROLOGUE

Stages of the way

Cinq thématiques vous conduisent à travers l’exposition :

1- A NOUS DEUX PARIS : à l’académie Suisse et au Louvre ; premiers ateliers, premiers paysages parisiens

Poussé et soutenu par Zola, ami rencontré à Aix au collège Bourbon, déjà installé à Paris, Cézanne rejoint la capitale en 1861, contre la volonté de son père pour devenir « artiste ». Il fréquente l’Académie Suisse où il rencontre d’autres peintres tels Pissarro et Guillaumin, avec lesquels il se lie d’amitié. Paris, où l’académisme s’impose par le Salon, est dans le même temps le lieu de la révolte et de l’avant-garde. Durant toutes ces années parisiennes, il s’approprie les traditions anciennes et modernes : ses carnets de dessin attestent d’un regard attentif sur les grands maîtres de la peinture (Rembrandt, Poussin, Rubens, Delacroix…) et de la sculpture antique, classique et baroque (avec des copies de Michel Ange et Puget principalement). Dans le même temps, il participe au mouvement impressionniste sans vraiment y adhérer. Bien qu’il se soit construit  picturalement à Paris, où il revient jusqu’en 1905, Cézanne a finalement peu représenté la ville intra-muros dans son oeuvre. Il n’évoque jamais les sites célèbres, mais dessine ce qu’il voit de sa fenêtre ou d’une terrasse sur les toits...Il faut une exception, ce sera le tableau La Rue des Saules. Cézanne a posé son chevalet dans une rue près de Montmartre. Mais la rue est déserte…

2 - PARIS, LA VILLE HORS LES MURS, DU COTE D'AUVERS : PAYSAGES

Installé dans la capitale, Cézanne ne cesse de s’y déplacer (on lui connaît près de vingt adresses différentes) et d’en sortir. Afin de peindre sur le motif, il travaille la peinture de paysage, se mettant à l’école de peintres comme Pissarro et Guillaumin, lesquels participent au mouvement impressionniste. Ils entendent reprendre la tradition du paysage après Courbet, Corot et les peintres de Barbizon qui voulaient représenter, à travers la campagne parisienne, une certaine identité française. Mais très vite Cézanne s’impose comme un maître faisant « de l’impressionnisme une chose solide et durable comme l’art des musées ». Le tableau Le Pont de Maincy en est l’expression autour des années 1880.

3 - LA TENTATION DE PARIS : LA SEXUALITE

À l’instar de Courbet ou de Renoir, le nu est une préoccupation majeure de Cézanne. Il peint la tentation de saint Antoine, thème récurrent de l’histoire de l’art,  entre 1870 et 1877, vraisemblablement après une lecture de Flaubert. Dans les mêmes années, les tableaux à caractère érotique se multiplient : Une Moderne Olympia, La Lutte d’amour…

D’après le témoignage du marchand d’art Vollard, Cézanne travaille sur une grande toile de « Baigneuses » au moment où il exécute son portrait en 1899 : loin de rechercher la dimension érotique du corps, l’artiste veut alors construire une nouvelle expression du nu et invente son propre langage pictural.

4 – POSER COMME UNE POMME : natures mortes et portraits

Pour Cézanne, la nature morte est un motif comme un autre. Equivalent d’un corps humain ou d’une montagne, elle se prête particulièrement bien à des recherches sur l’espace, la géométrie des volumes, le rapport entre couleurs et formes : « quand la couleur, est à sa richesse, la forme est à sa plénitude » disait-il. Sur quelque 1 000 tableaux répertoriés, on compte près de 200 natures mortes dont la moitié environ prend en compte des « pommes ». Parfois associées à des thèmes érotiques ou à des portraits, elles « disent » Paris autant que le ferait un paysage.

Parmi les portraits, dont les toiles de fond représentent souvent des papiers peints, figure souvent sa compagne Hortense Fiquet. Cézanne fait également poser les amis emblématiques des séjours parisiens : Victor Chocquet, collectionneur, Gustave Geffroy, critique d’art et enfin Ambroise Vollard, « le » marchand qui organise ses premières expositions.

5 - LES VOIES DU SILENCE : derniers séjours en Ile-de-France ; paysages des bords de Marne

Après 1888, Cézanne fait plusieurs séjours en région parisienne après être resté plusieurs années en Provence (de 1882 à 1888). S’il vient un été peindre au-delà d’Auvers, à Montgeroult, s’il rend visite à Monet à Giverny en 1894, ses lieux de prédilection en ces années 1890 sont les bords de la Marne vers Maisons-Alfort et Créteil, et la région de Marlotte et de Fontainebleau. La rivière l’enchante, il y trouve fraîcheur, calme et sérénité et ses toiles expriment le « silence » de la nature. À Paris, les tons s’apaisent autour des bleus et des verts tandis qu’en Provence, il travaille la symphonie des ors de Sainte Victoire.

Ayant conquis sa place dans la capitale et acquis la maîtrise de son art, il revient durablement sur ses terres provençales pour lesquelles son attachement n’a cessé de grandir. Désormais, il n’a plus besoin de s’expatrier. Paris est à lui. Ses admirateurs descendront à Aix pour lui rendre hommage. Cézanne, très conscient de sa renommée désormais internationale, veut la solitude pour achever son grand oeuvre.

Si ses amis artistes, rencontrés dans les années 1860, ont collectionné ses oeuvres, il faut attendre la nouvelle génération des peintres post-impressionnistes (Signac, Gauguin, Maurice Denis puis Matisse, Derain, Picasso…) pour que Cézanne imprime sa marque dans l’art moderne. Le Pointillisme, le Nabisme, le Fauvisme, le Cubisme voire l’Abstraction de Malevitch, Mondrian, Kandinsky se revendiqueront de lui. Alors qu’il se définissait comme un « primitif de l’art nouveau », il devient « notre père à tous » selon un mot de Picasso.

 (Auteur : Marguerite Moquet)

  • Portrait de l'artiste au papier peint olivâtre, 1880-1881

    Paul Cézanne (Huile sur toile) Londres the National Gallery. Photo distr. Rmn / National Gallery Photographic Department

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